pole competitiviteDeux figures du management privé ont investi le champ de l’action publique et s’y imposent progressivement depuis une vingtaine d’années : le projet et le partenariat.

L’initiative des pôles de compétitivité, lancés par les pouvoirs publics en juillet 2005, peut être vue comme une nouvelle forme de politique industrielle exploitant ces deux notions.

On observe ainsi un mode de pilotage, dans le fonctionnement interne des Pôles, aussi bien que dans leurs relations avec leurs financeurs et leurs tutelles, qui se structure autour de la notion de projet collaboratif. Le projet est en effet un des modes d’organisation qui permet de construire et de réguler des coopérations entre acteurs qui, structurellement, n’ont pas de raison spontanée de collaborer. L’organisation en mode projet, a d’une part représenté une contrainte imposée aux pôles, notamment par le biais des mécanismes de financement, organisés par projets; d’autre part, elle a constitué un principe d’organisation choisi volontairement pour les effets vertueux qu’il pouvait produire.

Cependant, la structuration du fonctionnement autour du mode projet pose des limitations fondamentales au regard des objectifs affichés par la politique des pôles de compétitivité.

Quatre interrogations nous semblent plus particulièrement problématiques :

Des petites entreprises laissées au bord du chemin ? Pour beaucoup de PME, le projet collaboratif n’est pas le vecteur pertinent du rapprochement avec le monde de la recherche. Un tel rapprochement passe davantage par des opérations plus modestes (stages, accueil de doctorants, contrats bilatéraux de recherche ou d’expertise...). Or un des enjeux affichés des pôles est d’entraîner les PME dans un mouvement vers l’innovation.

Les thématiques les plus stratégiques exclues des pôles ? La forme même du projet collaboratif multi-partenaires semble pour l’instant orienter le contenu des projets de recherche vers des thèmes périphériques par rapport au « cœur stratégique » des activités des entreprises, et notamment des plus grandes.

Les innovations de rupture sont-elles compatibles avec le mode projet ? Des travaux récents en management de projet soulignent les limites des modèles d'organisation par projet pour piloter l'innovation. Certains auteurs montrent que les nouveaux modèles de management par projet visent principalement des processus de développement d’innovation incrémentale et ne sont pas adaptés au développement d’innovation de rupture et à des démarches d’offre innovante.

Du projet à la stratégie globale ? Enfin, se pose le problème essentiel du lien entre les projets et la stratégie globale du pôle. Comment un portefeuille de projets s’insère-t-il dans une stratégie globale, à supposer que celle-ci soit élaborée, formulée ? Les procédures actuelles, construites autour des projets, permettent-elles cette élaboration ? De quelle manière les projets s’articulent-ils entre eux? Quelles méthodes peut-on mettre en œuvre pour gérer les interfaces entre projets?

Résumé de l'article de FEN CHONG Stéphanie, PALLEZ Frédérique, "Le pilotage par projet dans les Pôles de compétitivite", XVIIIème Conférence Internationale de Management Stratégique (AIMS), mai 2009