Extrait de l'article de Doudja Saïdi-Kabeche et Marie Hélène Vergote paru dans la revue française de gestion industrielle, Vol 32, N°1 (2013)

Résumé: La maîtrise du risque sanitaire des aliments fait partie intégrante de la stratégie des firmes agro-alimentaires. Ces entreprises mettent en place des dispositifs organisationnels aptes à générer une maîtrise efficiente des risques, à travers la conformation à des référentiels assez stricts, répondant à des normes publiques ou à des standards privés. Ces dispositifs sont validés par des audits externes eux-mêmes préparés par des audits internes. Nous utilisons la méthode 5steps de roadmapping de management pour proposer un cadre conceptuel original pour le déploiement d'une stratégie d'excellence en matière de sécurité des aliments. Cette approche permet de renouveler l’audit interne et de sortir de la logique de contrôle et de bureaucratie coercitive, pour instaurer une relation auditeur/audité favorisant l’apprentissage et le progrès continu.

La méthode 5 steps et le Roadmapping de management

Selon ses concepteurs, la méthode vise l’alignement de l’excellence opérationnelle sur les objectifs stratégiques [Blanc et Monomakhoff, 2008]. Elle se concrétise dans l’élaboration de Roadmaps ou feuilles de route qui définissent clairement les objectifs stratégiques de l’entreprise puis les décline en sujets stratégiques. Chaque sujet donne lieu à la rédaction d’une roadmap, explicitant des plans de progrès en 5 étapes.
La Roadmap, comme son nom l’indique, montre l’itinéraire à parcourir et explicite les capacités organisationnelles à mobiliser ou développer pour atteindre les objectifs d’un sujet stratégique.

Cette méthode a été appliquée à grande échelle dans un groupe industriel multinational équipementier du secteur automobile..

L’objectif affiché était de Fall, 2008 :

- déployer les bonnes pratiques de l’entreprise (qualifiées de standards et correspondant dans l’échelle de maturité à l’atteinte du niveau 3)

- doter la direction d’un outil de pilotage des plans de progrès lui donnant une vision réaliste de l’atteinte des différents niveaux

- doter les opérationnels d’outils d’auto-évaluation leur permettant de progresser dans la mise en place des bonnes pratiques

- de renouveler l’approche d’audit interne classique, qui reposait alors sur un référentiel de 6000 critères, lequel s’avérait impossible à maîtriser et montrait ses limites.

La distinction de thèmes stratégiques et la conception de plans de progrès en cinq étapes sur ces thèmes participe à la rationalisation des audits. En effet les audits internes consistent dès lors à valider l’autoévaluation des audités sur le niveau de progrès qu’ils se sont attribués (il n’est plus nécessaire de vérifier les critères correspondant à un stade de progrès antérieur ou ultérieur).

La Roadmap management de la sécurité des aliments

Dans l’esprit de la méthode 5 steps, la roadmap est rédigée par les experts de l’entreprise, en lien direct avec les opérationnels et en tenant compte de l’état de l’art sur le sujet de la roadmap. Nous avons conduit la démarche uniquement avec des experts (responsables qualité). C’est pour cette raison que nous ne sommes pas allés jusqu’à la proposition de délivrables.
Selon nous, la force de ce cadre générique est de proposer une base pour les industries alimentaires qui peuvent se l’approprier et dès lors spécifier les livrables adaptés à leurs activités.

Contrairement aux référentiels égrenant des critères d’audits plus ou moins reliés, la roadmap ainsi construite remet les enjeux stratégiques qui y sont associés au coeur des préoccupations sur le management de la sécurité des aliments. Par exemple au 4ème niveau désigné comme « progrès » pour la traçabilité, la question de la maille de traçabilité est reliée à une analyse coûts/risques.

Pour la réalisation des audits internes, la distinction des niveaux de progrès dans la roadmap apporte un moyen de limiter le nombre de critères à auditer car l’atteinte d’un niveau de progrès dispense d’auditer les niveaux de progrès précédents et suivants.
C’est ici que se situe une exigence clé dans la construction de la roadmap, à savoir : identifier des étapes qui s’enchaînent bel et bien dans le cadre d’une progression.

Par rapport à l’audit interne, au coeur de notre questionnement, il nous apparaît que dans le processus même de construction de la roadmap qui associe experts de l’entreprise et acteurs opérationnels, s’incarne l’objectif de tenir compte des pratiques de terrain. En d’autres termes l’évaluation réalisée par un audit interne 5 steps est ancrée dans une analyse et une compréhension des pratiques constatées sur le terrain.
Cette démarche ouvre la possibilité d’un dialogue constructif entre auditeurs internes et audités ...


Source: Comment faire de l'audit interne un outil de progrès ? Le cas de la gestion du risque sanitaire dans l'industrie agroalimentaire
Doudja Saïdi Kabeche et Marie Hélène Vergote
in REVUE FRANCAISE DE GESTION INDUSTRIELLE, Vol. 32, N° 1 (2013)''

La totalité de l'article est publié dans le volume 32 de la revue française de gestion industrielle qui peut être commandé sur www.rfgi.org